Dès leur arrivée dans les Côtes-du-Nord, les lieutenants André Botella et Deschamps signalent par radio la présence de nombreux patriotes et un emplacement correct pour constituer une base. C'est ainsi que dans les nuits du 10 au 12 juin, cent SAS français du 2ème RCP sont parachutés à Duault, base Samwest.
De toutes parts les patriotes affluent pour recevoir l'armement et l'équipement qui tombent du ciel chaque nuit.
Tout ceci se passe sans incidents graves mais les Allemands, mal à l'aise depuis le débarquement, montrent des signes d'énervement.
Le 9 juin 1944, les voici en tournée dans Duault, ils emmènent deux otages, Jean Bonnet et Jean Gragne. Le 11 juin au matin ils font de nouveau une rafle et prennent Pierre Le Coz et son fils Pierre. Le soir de ce même jour un incident fâcheux survint : une voiture allemande précédant un convoi s'arrêta à chaque carrefour pour déposer un panneau, de façon à indiquer la direction à suivre aux voitures. Un patriote qui passe par là tourne la flèche dans une autre direction : une voiture allemande occupée par deux officiers la suit et aboutit à la ferme de Kerhamon où ils y découvrent un groupe de "terroristes" confortablement installés à dîner.
Les deux Allemands s'enfuient à toutes jambes et malgré l'intervention des patriotes réussissent à s'échapper et à donner l'alarme.
De rage, ils prennent deux cultivateurs, Théophile Le Barzic et Jean Yves Le Goff, comme otages et, en cours de route, ils abattent un jeune paysan qui travaillait dans son champ. Le village de Guernoquin est fouillé de fond en comble et le maire est arrêté.
Le lendemain matin seulement les Allemands viennent faire une reconnaissance à la forêt de Duault près de la ferme de Kerhamon, pour y infliger le châtiment grave que subiront tous ceux qui aideront les "terroristes". Une soixantaine de Boches débarquent de trois camions et vont droit sur la ferme. Quatre parachutistes et deux patriotes qui s'y trouvent ouvrent le feu et montrent clairement qu'ils ne sont pas décidés à se laisser faire. La riposte allemande est violente ; après un combat acharné d'une demi-heure, à six contre soixante, les Allemands sont maîtres de la ferme et y mettent le feu. Le soldat FFI Jean Nicolas est tué, son camarade Henri Auffret blessé est achevé. Le parachutiste Louis Wery, une balle dans la cuisse, est arrosé d'essence et jeté dans les flammes. Le caporal-chef Daniel Taupin meurt quelques instants avant la fin du combat. Les parachutistes André Bondon et Marcel Ruelle, tous deux blessés, sont emmenés prisonniers avec les fermiers. Le caporal-chef Marcel Ruelle réussit néanmoins à s'évader malgré une blessure qui le fait souffrir atrocement. Mais, en retournant à leurs camions, les Boches le retrouvent et l'emmènent.
Pendant ce temps le lieutenant Botella, alerté, part avec sept parachutistes et un patriote très dévoué que tout le monde connaît sous le nom de Charlot. Il fait un grand tour et se trouve posté à la corne du bois, battant la lisière du feu de ses deux FM. Une centaine d'Allemands de renfort viennent d'arriver. Ils ne l'ont pas vu et se disposent tranquillement en ligne afin d'entrer dans la forêt pour la nettoyer. L'ordre donné, un feu d'enfer s'abat sur les Allemands qui n'ont pas même pénétré d'un mètre. Pris par surprise, ils tombent les uns sur les autres pêle-mêle. La riposte est lente, imprécise, incohérente, quelques-uns ont bondi pour se mettre à couvert, pour leur malheur car le sergent-chef Alfred Litzler et un autre ont fait un détour dès le début de l'attaque et descendent systématiquement tous ceux qui essayent d'avancer. C'est une véritable hécatombe.
Les Allemands réussissent cependant à décrocher peu à peu et se retirent sur la route près de Kerhamon, rejoignant d'autres Allemands arrivés en renfort. Ceux-ci sont complètement désemparés, le feu les poursuit dans tous les sens.
Le sergent-chef Alfred Litzler grièvement atteint à la poitrine doit être évacué sur le PC aussi rapidement que possible. Une balle l'a traversé de part en part, il respire avec peine. Pendant cette bagarre, le lieutenant Lasserre et cinq parachutistes arrivent du PC par la route de Saint-Servais pour faire bouchon et recevoir tous les ennemis mis en fuite par Botella, ce qui réussit parfaitement. Les Allemands ayant pu décrocher de l'attaque se réfugient derrière la ferme de Kerhamon où Lasserre les attaque à son tour, à peu près à bout portant. Ne sachant plus que faire, ils s'enfuient en panique de tous côtés.
L'action du stick Botella devient alors moins puissante car lui-même est blessé d'une balle à la jambe. Le bon Charlot, d'une bravoure et d'un dévouement étonnants, au mépris du tir fourni de l'ennemi, traîne, debout, en plein champ, son lieutenant blessé sur une cinquantaine de mètres. La bagarre devient plus sérieuse car de nouveaux renforts allemands sont arrivés.
A 13 heures 30, le lieutenant Lasserre reprend la ferme de Kerhamon. C'est de là qu'il attaque les camions. Dans le premier une rafale de FM tue un Allemand et transperce la voiture de toute part. Des hurlements de nos prisonniers répondent, ils sont immédiatement libérés. Ruelle, de nouveau blessé, est couché dans le fossé et gardé, cependant que dans un autre camion le soldat allemand qui garde André Bondon, prisonnier arrache de sa ceinture son poignard de parachutiste et lui tranche la gorge puis, affolé, se suicide.