LES COMBATS DE DUAULT
LES 10, 11 et 12 JUIN 1944



Monument de Kerhamon en Duault
Samwest - Duault
textes reproduits d'après l'ouvrage :
"QUI OSE GAGNE" de Henry CORTA
Les Parachutistes du 2ème RCP
(4ème SAS)
France - Belgique
1943-4945
Service Historique de l'Armée de Terre
Dès leur arrivée dans les Côtes-du-Nord, les lieutenants André Botella et Deschamps signalent par radio la présence de nombreux patriotes et un emplacement correct pour constituer une base. C'est ainsi que dans les nuits du 10 au 12 juin, cent SAS français du 2ème RCP sont parachutés à Duault, base Samwest.
De toutes parts les patriotes affluent pour recevoir l'armement et l'équipement qui tombent du ciel chaque nuit.
Tout ceci se passe sans incidents graves mais les Allemands, mal à l'aise depuis le débarquement, montrent des signes d'énervement.
Le 9 juin 1944, les voici en tournée dans Duault, ils emmènent deux otages, Jean Bonnet et Jean Gragne. Le 11 juin au matin ils font de nouveau une rafle et prennent Pierre Le Coz et son fils Pierre. Le soir de ce même jour un incident fâcheux survint : une voiture allemande précédant un convoi s'arrêta à chaque carrefour pour déposer un panneau, de façon à indiquer la direction à suivre aux voitures. Un patriote qui passe par là tourne la flèche dans une autre direction : une voiture allemande occupée par deux officiers la suit et aboutit à la ferme de Kerhamon où ils y découvrent un groupe de "terroristes" confortablement installés à dîner.
Les deux Allemands s'enfuient à toutes jambes et malgré l'intervention des patriotes réussissent à s'échapper et à donner l'alarme.
De rage, ils prennent deux cultivateurs, Théophile Le Barzic et Jean Yves Le Goff, comme otages et, en cours de route, ils abattent un jeune paysan qui travaillait dans son champ. Le village de Guernoquin est fouillé de fond en comble et le maire est arrêté.
Le lendemain matin seulement les Allemands viennent faire une reconnaissance à la forêt de Duault près de la ferme de Kerhamon, pour y infliger le châtiment grave que subiront tous ceux qui aideront les "terroristes". Une soixantaine de Boches débarquent de trois camions et vont droit sur la ferme. Quatre parachutistes et deux patriotes qui s'y trouvent ouvrent le feu et montrent clairement qu'ils ne sont pas décidés à se laisser faire. La riposte allemande est violente ; après un combat acharné d'une demi-heure, à six contre soixante, les Allemands sont maîtres de la ferme et y mettent le feu. Le soldat FFI Jean Nicolas est tué, son camarade Henri Auffret blessé est achevé. Le parachutiste Louis Wery, une balle dans la cuisse, est arrosé d'essence et jeté dans les flammes. Le caporal-chef Daniel Taupin meurt quelques instants avant la fin du combat. Les parachutistes André Bondon et Marcel Ruelle, tous deux blessés, sont emmenés prisonniers avec les fermiers. Le caporal-chef Marcel Ruelle réussit néanmoins à s'évader malgré une blessure qui le fait souffrir atrocement. Mais, en retournant à leurs camions, les Boches le retrouvent et l'emmènent.
Pendant ce temps le lieutenant Botella, alerté, part avec sept parachutistes et un patriote très dévoué que tout le monde connaît sous le nom de Charlot. Il fait un grand tour et se trouve posté à la corne du bois, battant la lisière du feu de ses deux FM. Une centaine d'Allemands de renfort viennent d'arriver. Ils ne l'ont pas vu et se disposent tranquillement en ligne afin d'entrer dans la forêt pour la nettoyer. L'ordre donné, un feu d'enfer s'abat sur les Allemands qui n'ont pas même pénétré d'un mètre. Pris par surprise, ils tombent les uns sur les autres pêle-mêle. La riposte est lente, imprécise, incohérente, quelques-uns ont bondi pour se mettre à couvert, pour leur malheur car le sergent-chef Alfred Litzler et un autre ont fait un détour dès le début de l'attaque et descendent systématiquement tous ceux qui essayent d'avancer. C'est une véritable hécatombe.
Les Allemands réussissent cependant à décrocher peu à peu et se retirent sur la route près de Kerhamon, rejoignant d'autres Allemands arrivés en renfort. Ceux-ci sont complètement désemparés, le feu les poursuit dans tous les sens.
Le sergent-chef Alfred Litzler grièvement atteint à la poitrine doit être évacué sur le PC aussi rapidement que possible. Une balle l'a traversé de part en part, il respire avec peine. Pendant cette bagarre, le lieutenant Lasserre et cinq parachutistes arrivent du PC par la route de Saint-Servais pour faire bouchon et recevoir tous les ennemis mis en fuite par Botella, ce qui réussit parfaitement. Les Allemands ayant pu décrocher de l'attaque se réfugient derrière la ferme de Kerhamon où Lasserre les attaque à son tour, à peu près à bout portant. Ne sachant plus que faire, ils s'enfuient en panique de tous côtés.
L'action du stick Botella devient alors moins puissante car lui-même est blessé d'une balle à la jambe. Le bon Charlot, d'une bravoure et d'un dévouement étonnants, au mépris du tir fourni de l'ennemi, traîne, debout, en plein champ, son lieutenant blessé sur une cinquantaine de mètres. La bagarre devient plus sérieuse car de nouveaux renforts allemands sont arrivés.
A 13 heures 30, le lieutenant Lasserre reprend la ferme de Kerhamon. C'est de là qu'il attaque les camions. Dans le premier une rafale de FM tue un Allemand et transperce la voiture de toute part. Des hurlements de nos prisonniers répondent, ils sont immédiatement libérés. Ruelle, de nouveau blessé, est couché dans le fossé et gardé, cependant que dans un autre camion le soldat allemand qui garde André Bondon, prisonnier arrache de sa ceinture son poignard de parachutiste et lui tranche la gorge puis, affolé, se suicide.

Quelle étrange fin pour ce garçon qui avait la passion des couteaux ! Ce poignard, c'était lui-même qui l'avait fait. Tous les jours il le travaillait avec amour en songeant au jour où il aurait la joie de la vengeance.
Lasserre continue pendant ce temps à poursuivre les fuyards. Revenant sur ses pas il rencontre un groupe de cinq Allemands. Caché derrière une haie, Lasserre s'avance et brusquement près d'eux les mitraille à bout portant. Mais un Allemand caché un peu plus loin le blesse grièvement. Il est environ deux heures lorsque les parachutistes liquident ce qui reste.
On découvre alors qu'au cours du combat les Boches ont achevé le caporal-chef Marcel Ruelle qui, blessé au ventre et à l'épaule, gisait dans un fossé. Vers deux heures et demie le calme devient à peu près général. Le capitaine Leblond, commandant la base, prévenu de la situation par le fermier que lui a envoyé Lasserre, décide le décrochage et l'évacuation complète de la base vers la base Sud Dingson à Saint-Marcel.
Peu à peu le camp se vide des sticks de parachutistes et des FFI. Le lieutenant Botella, quoique très sérieusement blessé, refuse de se laisser évacuer. Près de lui, le sergent-chef Alfred Litzler, agonisant depuis des heures, rend le dernier soupir. Le sergent Faucheux et le lieutenant Lasserre sont gravement atteints.
C'est dans cette situation que trois cents Allemands arrivent le soir, vers 16 heures, à la hauteur de Kerhamon. Ils avancent prudemment le long des lisières, essayant d'éviter les erreurs du matin où tant des leurs ont été tués. Ils se divisent en deux groupes et avancent lentement. Un silence inquiétant les accueille. Le moindre craquement fait tourner la tête, on serre nerveusement son arme mais rien, absolument rien. Les deux patrouilles allemandes se rejoignent comme les mâchoires d'une tenaille. Ils sont là dans une vaste clairière, réunis les uns près des autres.
Ça n'était pas la peine de venir si nombreux. Ils n'ont pas vu qu'à cinquante mètres d'eux une dizaine de parachutistes, le stick de l'aspirant Metz, sont là, tapis dans le bois, bien camouflés. Prenant tout leur temps, les parachutistes les ajustent et, comme un tonnerre, les rafales de FM, des mitraillettes et les explosions mortelles des grenades défensives déciment en quelques minutes des dizaines d'hommes. Ceux-ci, au comble de la terreur, ne résistent pas et se dispersent comme une volée de moineaux.
La force allemande, une fois de plus, se venge brutalement sur la population sans défense et irresponsable. Des perquisitions ont lieu dans tous les villages avoisinants, des otages sont amenés, les trois fermes de Guernhir sont incendiées. Le pauvre fermier, essayant de sauver quelques affaires, est brutalement projeté dans les flammes et y meurt, brûlé vif. Voilà le triomphe allemand des otages, des morts innocents, des assassinats et du pillage. Leur arrogance de 1940 est loin. Où sont-ils, leurs grands airs de seigneurs, ceux de la race élue ? Deux cent soixante-sept d'entre eux sont morts et quarante-trois autres sont blessés (1). Ils ont tellement honte de leurs pertes qu'ils dispersent dans tous les coins des Côtes-du-Nord leurs cadavres, jusqu'à Saint-Brieuc où quinze officiers et sous-officiers sont enterrés. Et ils se sont battus contre vingt-huit parachutistes et cinq patriotes. Nous déplorons la mort de cinq SAS et de deux maquisards, plus la mort des otages et les actes de représailles des Allemands.

(1) chiffres officiels allemands d'après le maire de Callac-de-Bretagne. Ce n'est que huit jours plus tard qu'un détachement très important d'Allemands vint nettoyer la forêt au lance-flammes.

les 5 SAS et les 2 FTP tués au combat à Duault

les 4 civils assassinés à Duault

les 10 civils assassinés à Plestan